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« Il est crucial que le milieu académique montre l'exemple »

L'étude du WWF sur la durabilité des hautes écoles suisses a classé la HES-SO dans la colonne des "retardataires". Léo Gillard, responsable de la politique de formation au WWF Suisse et co-auteur de l'étude, revient sur les raisons de ce classement.


Pourquoi avoir réalisé cette étude ?

Confrontées aux limites de la biosphère, nos sociétés doivent rapidement trouver des solutions pour réduire de tels impacts sur le long terme et opérer une transition vers des modes de vie plus durables. Lieux de formation des futures élites, laboratoires d'idées et promoteurs de l'innovation, les hautes écoles jouent un rôle-clé dans l'émergence d'un système économique et social capable de tenir compte des limites naturelles de notre planète.

Dans un tel contexte, les jeunes adultes tiennent un rôle et une responsabilité centraux dans la mesure où ils prennent les décisions aujourd’hui, produisent, consomment et déterminent l’environnement qu’ils laisseront aux générations futures. Par conséquent, il est capital que les hautes écoles forment des citoyennes et citoyens responsables, conscients des conséquences de leurs actions, comprenant les enjeux sociaux et éthiques de la durabilité et aptes à se mouvoir dans un monde incertain. Cela nécessite de considérer la durabilité comme une priorité stratégique et de veiller à ce qu’elle soit prise en compte de façon transversale au sein des différentes facultés et écoles. C'est pourquoi le WWF attend de chaque établissement qu’il se dote sans plus attendre d’une stratégie, se fixe des objectifs et mesures, se dote de ressources, implique les différentes parties prenantes et mesure les progrès réalisés.

Pourquoi faire un état des lieux de l’ensemble des hautes écoles du pays ?

Au sein des hautes écoles de plus en plus d’efforts sont faits en matière de durabilité mais à des degrés très divers et variés. Jusqu’à peu, les directions (rectorat, présidence, conseil) ont été peu actives, considérant la thématique comme secondaire et la durabilité était considérée dans ses aspects de « gestion de campus » uniquement : tri des déchet, espaces verts, cantine, etc. Progressivement les directions ont pris conscience de l’importance d’intégrer les réflexions sur la durabilité dans la politique de développement de la haute école et de l’importance de se doter de moyens pour en faire la promotion/mise en œuvre : La durabilité ne devant pas se limiter aux seuls aspects « campus » mais être également un principe à appliquer dans l’enseignement et la recherche. Ainsi, de plus en plus d’hautes écoles commencent à intégrer la durabilité dans leurs systèmes d’assurance qualité.

Cependant, alors que l’importance du sujet est de plus en plus reconnue tant par les hautes écoles elles-mêmes, tant par les autorités politiques, elle ne fait l’objet d’aucune étude officielle, aucun suivi au niveau national, que cela soit de la part de la Confédération, des académies ou des cantons. Il nous a donc semblé nécessaire de pallier ce manque et de dresser un état des lieux de l’ancrage institutionnelle de la durabilité dans toutes les hautes écoles suisses (HES, EPF et HEU – les HEP feront probablement l’objet de la prochaine étude, prévue à l’été 2021). C’est la 2ème étude du genre, la première ayant été faite en 2017.

Les hautes écoles ont été examinées sur la base de dix critères. Sept critères portent sur l'ancrage institutionnel et le pilotage stratégique de la durabilité. Le WWF considère ces critères comme des conditions minimales pour mettre en œuvre une politique de durabilité efficace et inclusive, placée au cœur de la stratégie de développement de la haute école.

 

Comment expliquer « la mauvaise note » de la HES-SO ?

Du point de vue de l’ancrage institutionnel de la durabilité, la HES-SO en est encore à ses débuts. Le défi est donc particulièrement grand pour une institution-réseau telle que la HES-SO et la mise en place prend du temps. La « mauvaise note » de la HES-SO s’explique donc principalement par le fait qu’au printemps 2019, lors de la conduite de l’étude, la durabilité était peu ancrée institutionnellement, bien que beaucoup de choses sont planifiées. Malheureusement, par soucis de rigueur et de fair-play vis-à-vis des autres hautes écoles, nous ne pouvions pas attribuer de points au mesures « planifiées » mais pas encore « avalisées » par la direction. C’est également ce qui rend l’état des lieux biennal intéressant : en capturant la situation générale à un moment « t » il permet de se rendre compte des évolutions. Je suis personnellement particulièrement impatient de voir quels progrès auront été réalisés en 2021, lors de la prochaine étude.

 

Selon vous, pourquoi les milieux académiques devraient-ils montrer l’exemple ?

Les milieux académiques et scientifiques sont une des solutions cruciales (et je pèse mes mots) de la crise environnementalo-sociale d’aujourd’hui. A notre sens, la responsabilité morale des scientifiques et académiciens est d’éclairer la société sur les perspectives à venir et de travailler à des solutions dans l’intérêt de tous et toutes. Les milieux scientifiques devraient effectivement montrer l’exemple et chercher à être plus visibles, à peser sur les débats publics et les fausses controverses scientifiques, notamment par leur contribution au débat public avec des données scientifiques et faits empiriques.

Du point de vue de l’enseignement, il incombe aux académiciens la responsabilité de transmettre les connaissances et les compétences nécessaires et donc d’intégrer la durabilité dans leurs activités d’enseignement: concrètement comment équiper les étudiants des compétences et des connaissances nécessaires en matière de durabilité pour qu’ils soient en mesure de comprendre les enjeux d’une part mais surtout de comprendre comment leur discipline peut contribuer à apporter des solutions aux enjeux locaux, régionaux et globaux.

Je pense qu’il serait possible (et souhaitable) d’engager une réflexion ouverte et encadrée au niveau du corps enseignant là-dessus. La durabilité offre en quelque sorte une toile de fond et permet de donner un contexte et du sens. Ce qui est important c’est que chaque étudiant.e soit confronté à ces questions de façon régulière dans son cursus, quelle que soit la faculté dont il ou elle est issu. La révision des plans d’études cadres permettrait d’ouvrir l’échange avec les enseignants, afin d’intégrer intelligemment la durabilité dans les cursus, en lien avec la pertinence disciplinaire. Les compétences  matière de durabilité (compréhension d’un enjeu complexe, démarche problème orientée, réflexion interdisciplinaire, etc.) devaient faire partie des acquis pédagogiques et devraient être vérifiés à l’issue des cours.

 

Quelles sont les pratiques observées chez « les meilleurs élèves » qui mériteraient d’être encouragées dans d’autre établissements ?

  • Un positionnement et un soutien marqué de la part de la direction, un ancrage institutionnel fort (voir les 7 critères de notre étude, p. 14).
  • Des stratégies de durabilité claires et ambitieuses et qui servent effectivement de tableau de bord et d’outil de pilotage, avec des objectifs suivis et des mesures appropriées.
  • Une culture de la durabilité, avec un dialogue interne fort entre tous les membres de la communauté universitaire.
  • Une collaboration avec les acteurs non-académiques (autorités locales, citoyens, PME, ONG) sur des enjeux locaux touchant à la durabilité.
  • Mise en place de commissions de durabilité regroupant enseignants de diverses facultés/écoles, étudiants et membres de la direction pour réfléchir à l’intégration de la durabilité dans les cursus.
  • Mise en place de centres d’enseignement et de recherche interdisciplinaires de durabilité.
  • Pour les aspects enseignement, recherche, campus et soutien aux étudiants, un certain nombre de « bonnes pratiques » sont répertoriées aux pages 22-24 de notre étude : https://www.wwf.ch/sites/default/files/doc-2019-08/Rating-Bericht%20Hochschulen%202019_fr.pdf
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