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Fake news : comment les combattre ?

Les fake news ont explosé depuis l’apparition des réseaux sociaux. Leur impact est énorme. Alors comment s’y prendre pour diminuer leurs effets, sans restreindre la liberté d’expression de chacun·e ? Des pistes existent, dont certaines élaborées ici-même.

 

Le pouvoir de renverser une démocratie.

Rien que ça.

Les fake news – en français, information fallacieuse ou infox – ont un pouvoir considérable. Elles se diffusent comme une traînée de poudre, sont difficilement identifiables avec certitude et demandent énormément d’énergie à corriger. C’est la raison pour laquelle elles sont utilisées depuis longtemps. Très longtemps même.
 

La plus vieille trace écrite de l’utilisation volontaire d’informations fallacieuses remonte à plus de 2'500 ans. Le général et stratège chinois Sun Tzu expliquait dans l’Art de la guerre l’importance du compromis entre vérité et mensonge dans la conduite d’un conflit, afin de rendre les fausses nouvelles les plus crédibles et efficaces possible[1]. Ce même ressort sera exploité au Ier siècle de notre ère pour justifier les persécutions romaines envers les chrétien·ne·s. Par la suite, elles seront réutilisées encore et encore par les autorités politiques, militaires et religieuses. Simon Mastrangelo, ancien collaborateur de la HETS, avait réalisé un travail pour l’Université de Berne sur l’importance des fake news dans le conflit israélo-palestinien. Pour lui, « les fake news permettent de diaboliser l’adversaire politique. C’est une mise en scène pour déshumaniser le camp adverse » explique-t-il. Et apparemment, ça marche très bien.


Mais depuis l’apparition d’Internet et des réseaux sociaux, leur force de frappe a pris une ampleur considérable. A ce titre, l’exemple de Cambridge Analytica est particulièrement éloquent : en 2016, plus de 87 millions d’utilisateurs·trices de Facebook ont été ciblé·e·s par l’entreprise afin d’orienter les votes en faveur de l’élection de Donald Trump, notamment grâce à des fake news[2].

Heureusement, la situation évolue rapidement. Jean-Gabriel Piguet, responsable du service d'éthique appliquée de l’école, a mené un projet de recherche entre mai 2020 et juin 2021 sur les défis éthiques de la lutte contre la désinformation médicale. « Depuis que les réseaux sociaux sont sous le feu de la critique, ils utilisent d’autres algorithmes dans le but de diminuer la distribution de la désinformation. Mais ils ne disent pas lesquels et il est donc impossible de s’assurer de l’efficacité des actions menées. Au-delà de l’efficacité, le problème est qu’ils sont aujourd’hui seuls maîtres des critères, de leur application et les voies de recours sont inexistantes. Dans la tradition libérale, cette concentration des pouvoirs est la définition même du despotisme » affirme-t-il.

Alors comment faire pour apporter sa pierre à l’édifice et diminuer l’impact des fake news ? Il existe plusieurs pistes, dont certaines développées ici-même à la HES-SO Valais-Wallis.


de Pigr
 

Vers un Label qualité

L’institut Informatique de gestion (IIG) travaille depuis des années sur des projets en lien avec les médias. Un premier projet, terminé en 2019, avait pour objectif de développer une meilleure compréhension de la propagation des fake news et comment mieux les détecter. Mené par la professeure Nicole Glassey et Zhan Liu, adjoint scientifique spécialisé dans les algorithmes, le projet a ensuite évolué vers la création d’un label en collaboration avec le groupe ESH médias permettant de certifier un contenu journalistique (respect de la charte de déontologie). « L’enjeu était de développer un seul label approuvé par tout le monde. Mais à notre échelle, nous n’avons pas la force de l’imposer à un niveau international. De plus, il doit être reconnu et accepté par les plateformes des GAFAM » ajoute Nicole Glassey. Afin de donner suite à ce projet, un colloque financé par l’IMI (initiative for media innovation) va être organisé prochainement avec tous·toutes les acteurs·trices romand·e·s concerné·e·s.

Le projet européen AI4media s’inscrit également dans cette vision. Créé dans le cadre du programme de recherche et d'innovation Horizon 2020, le projet aspire à devenir un centre d'excellence impliquant un large réseau de chercheurs·euses à travers l'Europe et au-delà. L’objectif consiste à développer les prochaines technologies en matière d'IA (intelligence artificielle) pour servir le secteur des médias, tout en veillant à ce que les valeurs éthiques soient respectées. « Le but n’est pas de produire un outil de censure, mais de vérification du contexte. Nous désirons offrir une intelligence artificielle avec une touche humaine, plus centrée sur nos besoins, tout en maintenant les standards de qualité et de fiabilité de la production de contenus multimédias » tient à préciser Henning Müller de l’IIG qui participe au projet. L’Institut de Recherche Idiap et la HES-SO Valais-Wallis sont les deux seules parties prenantes suisses.
 


 

Plus de sensibilisation

Plutôt que de proposer aux lecteurs·trices un travail réalisé en aval par des algorithmes, le projet SAMS mise sur la sensibilisation des internautes grâce à un chatbot. Une équipe interdisciplinaire de la HES-SO Valais-Wallis et de la Haute école Arc a travaillé sur un robot conversationnel qui avertit et développe la sensibilité des lecteurs et lectrices face aux fakes news et offre un outil de détection unique. Ce chatbot détecte si l’information est juste ou fausse et propose un article similaire si l’information semble erronée. Pour Matthieu Delaloye, responsable du projet pour la HES-SO Valais-Wallis, « le projet a fait ses preuves, il a notamment été primé lors du dernier hackathon Versus Virus. Nous désirons maintenant le présenter à nos partenaires médias ».

La sensibilisation aux infox peut être réalisée de mille et une façons. La HEdS propose un atelier en compagnie d’un journaliste et d’un avocat. Et l’équipe du magazine hespresso vous propose ici-même un exercice d’identification de trois fake news rajoutées dans le magazine grâce à une application de réalité augmentée à télécharger.

Censurer les fake news

La loi de Brandolini est claire : la quantité d'énergie nécessaire pour réfuter des idioties est supérieure à celle nécessaire pour les produire. Alors pourquoi ne pas simplement censurer les fake news plutôt que de réduire leur distribution? L’idée a séduit de nombreux acteurs (OMS, GAFAM), mais elle met en lumière plusieurs problématiques très épineuses. Jean-Gabriel Piguet les résume ainsi : « Tout le monde a le droit de donner son opinion, et il nous arrive à tous de nous tromper. Transmettre une information fausse ne devrait donc pas être censurable, même si cela nuit de toute évidence au débat démocratique. Pour justifier la censure, il faudrait pouvoir montrer non pas qu’une information est fausse mais qu’un contenu est immédiatement dangereux parce qu’il est faux, comme lorsque des entreprises peu scrupuleuses vendent un médicament en réalité néfaste et qui détourne les malades de thérapies efficaces. Celles-là pourraient être en principe régulées par les Etats, afin d’offrir à leurs citoyen·ne·s une expérience sécurisée. Mais pour moi, la question centrale est la suivante : les citoyen·ne·s sont-ils·elles vraiment prêt·e·s à croire tout et n’importe quoi ? Qu’est-ce qui attache encore à la démocratie ceux et celles qui se représentent les choses ainsi ? »

Derrière la problématique des infox se cache une crise bien plus profonde : celle de la confiance. Démocratie, politique, médias, science, les autorités ont perdu l’oreille de nombreux citoyen·ne·s, déçu·e·s, qui l’offrent à des personnes plus proches. Le voisinage physique ou idéologique stimule la confiance, en dépit de la véracité factuelle des informations partagées. Et notre école, proche de ses étudiant·e·s et de la population valaisanne, jouit d’une position favorable pour recréer du lien, de la confiance… et expliquer toute l’importance d’une sensibilisation efficace aux infox!

 

Cet article fait partie du 4e numéro du magazine Hespresso de la HES-SO Valais-Wallis qui porte sur la thématique des « fake news ». Plusieurs articles frauduleux ont été volontairement intégrés dans cette édition. Cet article est-il un fake ? La réponse ICI.

Téléchargez l’application Fake News

 
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