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Les ainés technophiles, un mythe ?

Les personnes âgées occupent une place centrale dans le combat contre la pandémie. A l’instar des étudiant·e·s, les restrictions de liberté les touchent de plein fouet. Alors si les premiers sont submergés par les technologies de l’information, qu’en est-il des seconds ? Les outils numériques peuvent-ils vraiment réconforter les personnes âgées ?

 



Le sens de la protection

Sommes-nous réellement capables de protéger nos ainé·e·s ? Cette question apparait plus que jamais au cœur des débats, car elle nous touche tous, directement ou indirectement, dans la sphère privée comme professionnelle. Mais surtout, elle interroge sur la signification que nous attribuons collectivement au terme protection. « Il faut protéger les personnes à risque ». Cette phrase en apparence consensuelle, tout le monde l’entend régulièrement depuis une année. Mais elle est plus délicate à interpréter qu’il n’y paraît. Jean-Gabriel Piguet, responsable du Service d'éthique appliquée de l’école, soutient que « nous devons traiter nos ainé·e·s comme des personnes et non juste comme des corps à protéger. L’éthique ne doit pas être écartée par les injonctions sanitaires. Si une personne âgée désire passer du temps avec sa famille, au risque de mourir entourée des siens, pouvons-nous lui retirer ce droit ?»

« Chaque matin, je pleurais en cachette parce que j’avais mal, j’avais la solitude […] Comme ils disent que les personnes âgées sont dangereuses, si mes enfants viennent m’aider puis tombent malades... moi je ne supporterais jamais ça ! ». Tiré du travail de recherche d’Elisa Fellay-Favre, Alexandre Santos Mella et Marion Repetti de la HETS , ce témoignage d’une valaisanne de 76 ans interpelle. Solitude, angoisses et incompréhension peuvent facilement s’emparer de nos ainé·e·s.

A l’autre bout de la pyramide des âges, les millenials ne peuvent embrasser la vie sociale et estudiantine qu’à travers leurs outils numériques, parfois jusqu’à l’hébétude. Or, ces outils sont également proposés aux séniors, mais avec quels résultats ? Peuvent-ils colorer leur quotidien ou, au contraire, génèrent-ils colère et frustration ? Des chercheur·euse·s de la HES-SO Valais-Wallis s’y sont intéressés.

La pauvreté numérique

Grâce à 19 entretiens téléphoniques, les trois chercheur·euse·s précité·e·s ont obtenu des résultats qui mettent en lumière le renforcement de l’isolement social et « l’existence d’une forme de pauvreté numérique chez les personnes de plus de 65 ans en situation de précarité, qui se traduit par des difficultés d’accès et d’utilisation des outils digitaux ». Ces difficultés génèrent un renforcement du sentiment de solitude, et « une difficulté de s’orienter face aux informations, provoquant ainsi un auto-renforcement de l’isolement ». La pauvreté numérique semble donc générer chez les personnes âgées un cercle vicieux qui les replie encore plus sur eux·elles-mêmes.

A contrario, si les personnes âgées parviennent à s'approprier les outils numériques, ces derniers peuvent apporter un espace d’expression supplémentaire, également chez les séniors, avec quelques surprises étonnantes.
 


Curiosité et système D

Basé en partie sur le projet SwissChiefTrial créé par la professeure Anne-Gabrielle Mittaz-Hager de la HEdS, le projet international StayFitLonger, coordonné par Antoine Widmer de l’institut Informatique de gestion, vise à développer et valider une application d’exercices physiques/cognitifs avec coaching afin que les séniors puissent rester en forme chez eux. Il explique avoir été étonné par la curiosité et l’inventivité des participant·e·s : « Notre application est utilisée au Canada et en Suisse. Grâce à l’onglet « chat », des gens se sont liés d’amitié entre les deux pays et ont fait leurs exercices ensemble. Comme ils ne pouvaient plus sociabiliser physiquement à cause du COVID-19, ils ont utilisé les outils qu’ils avaient à disposition pour se créer de nouveaux contacts ».

Plus étonnant encore, la curiosité a poussé certain·e·s utilisateur·trice·s à tester les limites de l’application, notamment dans un petit jeu qui permettait de comparer les scores de chacun. « Plusieurs seniors se sont regroupés de leur propre initiative afin d’analyser comment notre jeu fonctionnait. Par exemple, ils ont voulu comprendre comment les points étaient attribués en faisant des erreurs volontaires. Ils ont fait du méta-jeu et vécu une expérience sociale totalement imprévue grâce au numérique.

Le boom des SilverTech

Les gérontechnologies – ou SilverTech - ont pour objectif de développer des produits, des services et des technologies appliqués aux besoins de la vie quotidienne des personnes âgées, en particuliers le maintien de leur autonomie. Avec 2 millions de personnes âgées de plus de 65 ans en Suisse en 2030, le développement de ces technologies semble promis à un bel avenir. Sans compter le coup de pouce de la pandémie. « La crise du COVID-19 a levé beaucoup de résistances. Ce que désirent avant tout les personnes âgées, c’est ne pas être stigmatisées. Elles désirent une tablette, comme leurs petits-enfants, mais avec des applications adaptées » affirme encore Antoine Widmer, qui laisse volontiers son imagination vagabonder. « Et pourquoi ne pas concevoir des applications de Réalité Virtuelle ? Par exemple une vidéo 360° tournée dans un village donnerait l’impression à des seniors immobilisés de pouvoir s’y promener. Les premières études sur le sujet sont prometteuses ».

Plus que tout, les personnes âgées désirent être entendues. Si ce critère est respecté, les SilverTech peuvent devenir une aide véritable. Attention toutefois à ne pas perdre de vue l’objectif principal, à savoir le confort des ainé·e·s… et non le nôtre.

 

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